Je tiens d'abord à remercier toutes celles et ceux qui m'ont accueilli au musée Tchantchès de la rue Surlet, 56, à Liège (quartier d'Outremeuse), ainsi que les responsables du site de la République Libre d'Outremeuse.


Les marionnettes liégeoises à tringles

Les origines de ces marionnettes sont italiennes : Alexandre Ferdinand Pompée CONTI, arrivant de Toscane, s'installe en Belgique en 1854. D'abord artiste nomade qui donne des représentations au hasard de ses déplacements, il finit par se fixer à Liège (Pierreuse puis Saint-Séverin). Son théâtre suscite des vocations et des concurrents, et les spectacles de marionnettes connaissent un succès croissant.

En Outremeuse, vers 1870, Léopold Leloup (photo ci-contre) crée le personnage de Tchantchès dans son Théâtre impérial des Marionnettes liégeoises. Il s'agit d'abord d'une marionnette de second rang, utilisée pour présenter le spectacle, réclamer le silence ou assurer la transition entre les scènes.

Dans le public, se trouvent régulièrement des étudiants en médecine (l'hôpital se Bavière se trouve à cette époque à l'emplacement de l'actuelle place de l'Yser), et le personnage de Tchantchès se met à discuter avec eux, à leur lancer des boutades, à raconter des blagues, répandant les commérages et ironisant sur l'actualité.
 

La marionnette Tchantchès plait tellement au public qu'elle finit par jouer de petits rôles dans le scénario de la pièce, puis par devenir le héros de l'action.


La légende de Tchantchès

Tchantchès (traduction wallonne de «François») vient au monde à Liège, en août 760 ; il apparaît de façon miraculeuse entre deux pavés du quartier d’Outremeuse, en braillant une chanson à boire :

« Allons, la Mère Gaspard, encore un verre, il n’est pas tard »...

Le bébé déteste l’eau, et le couple qui le recueille le sèvre au pèkèt, alcool local à base de genièvre.

À son baptême, la sage-femme lui cogne accidentellement la tête sur le rebord des fonts baptismaux, ce qui explique son nez difforme et rougeâtre.

À cause de son visage enlaidi, le gamin reste longtemps à l’écart de la foule. À l’âge de dix ans, il fait « Saint-Mâcrawe », c'est-à-dire qu'il accepte d'être promené dans tout le quartier, barbouillé de suie, sur une chaise à porteurs escortée de nombreux enfants. Il attire la sympathie populaire, à tel point qu'il est élu prince du « Djus d'la Mouse » (nom wallon d'Outremeuse). Il oublie sa laideur et sait se faire aimer par sa bonté d’âme et ses espiègleries.




Tchantchès



Charlemagne



Roland


Un jour, alors qu’il se promène le long de la Meuse, il a l’occasion de rencontrer le chevalier Roland, neveu de Charlemagne. Une amitié profonde naît entre les deux jeunes gens, et Tchantchès est introduit à la cour.

 

D'ailleurs, au théâtre des marionnettes, Tchantchès est étroitement mêlé à tous les épisodes de la vie de Charlemagne et de son entourage.

 

 

Il participe, par exemple, en 778, à la fameuse bataille de Roncevaux, défilé des Pyrénées où l'arrière-garde de l'armée française se fait attaquer par des milliers de Sarrasins.

Ce récit du célèbre combat est adapté des textes de Max DEFLEUR,
(« Contes et légendes de Wallonie », Paris, Nathan 1962) :

   « Tchantchès reste ébahi devant la hauteur des Pyrénées (...), mais il s'étonne surtout que la peau des Sarrasins soit si noire. Il dit à Roland : « À mon avis, y z'ont fait Saint- Mâcrawe au D'Jus d'la Mouse, et y z'ont oublié de s'frotter la figure » !

  Tout en parlant, il s'équipe. En guise de bouclier, il revêt son sarrau bleu ; pour heaume, il se coiffe de sa casquette de soie noire. Les trompettes sonnent ; les barons et les chevaliers endossent leurs amures et enfourchent leurs destriers (...).

  Et commence la fameuse bataille de Roncevaux.

  Roland, toujours sous le coup de sa discussion avec Olivier, frappe comme un diable. À son côté, Tchantchès, lui aussi, fait rage. Il crache dans ses mains et donne des coups de tête dans l'estomac à une cadence rapide. Ni cuirasse, ni cotte de mailles, ne résistent à ce terrible bélier. Il a déjà avalé deux bonnes lampées de pèkèt pour se mettre en forme et expédier trois cent mille Sarrasins dans l'autre monde.

  L'ennemi fuit l'endroit de la bataille où se trouve Tchantchès, et celui-ci, n'ayant plus rien à faire, commence à s'ennuyer et baîlle bruyamment. Roland lui dit : « Tu t'ennuies, mon ami. Va te coucher. Je ferai bien sans toi ; je vais voir ce qui se passe là-bas, sur l'aile gauche »...

  Tchantchès obéit. Quelques instants plus tard, il ronfle. Depuis combien de temps dort-il lorsqu'il entend le cor ? Il a l'intuition d'un désastre. D'un bond, il est sur pieds... et trouve Charlemagne devant le cadavre de son preux compagnon.

 

Tchantchès est le champion des « soukeus de Djus-d'la Moûse » (les donneurs de coups de tête d'Outremeuse). Il se bat « à côps d'tiesse èpwèzonés » (à coups de tête empoisonnés).

 

  Sa tristesse est immense. Il enlève sa casquette et s'arrache des poignées de cheveux. Puis il prononce cette courte oraison funèbre : « Sire Empereur, votre neveu a reçu sa daye, mais nous l'revengerons » !

  Ainsi sera fait. Tchantchès accompagne Charlemagne au siège de Saragosse, et ce sera lui qui, le premier, franchira les murailles de la ville »...


 

Marionnettes représentant des personnages de l'époque de
Charlemagne (dames de la cour,
soldats français, Sarrasins ).



Un spectacle de marionnettes liégeoises à tringles (Musée Tchantchès, rue Surlet, 56, à Liège Outremeuse).

 

Inconsolable d’avoir dormi à la bataille de Roncevaux, Tchantchès quitte le palais de Charlemagne (Aix-la-Chapelle) et revient vivre dans son quartier d'Outremeuse à Liège.

Il s’éteint à l’âge de quarante ans, après une franche ripaille, échappant ainsi à la vieillesse.

Il reste, dans le tradition locale, le prototype du vrai Liégeois, mauvaise tête, esprit frondeur, grand gosier, ennemi du faste et des cérémonies, farouchement indépendant, mais cœur d’or, et prompt à s’enflammer pour toutes les nobles causes.


 

Alors qu'on lui attribue beaucoup de défauts, Tchantchès n'est pas un coureur de jupons, même s'il aime secourir les femmes en danger.

Il n'est pas marié, car pour lui « Li marièdje n'est fêt qu'po lès sots » (Le mariage n'est fait que pour les sots). Il a néanmoins une « binamée crapaude » appelée Nanèsse (Agnès en français). Elle est pleine de bon sens et de bonté, courageuse, sévère mais aimante.

Les effigies géantes de Tchantchès et Nanèsse font bien sûr partie du cortège folklorique des fêtes du 15 août en Outremeuse (Liège).

En compagnie de Charlemagne et, en 2006, de saint Lambert, qui est à l'origine de la cité de Liège.

 





La statue, œuvre de Joseph Zomers, montre la Wallonie sous les traits d'une hiercheuse qui brandit Tchantchès tel un flambeau de la liberté.
 

Le monument à la gloire de Tchantchès, en Outremeuse, a été inauguré en 1936.

Ce monument se situe à l'intersection des rues Puits en Sock et Surlet, près du rond-point qui porte officiellement le nom de « rue du Pont Saint-Nicolas ». Cette appellation rappelle l'existence d'un pont à cet endroit, à l'époque où le quartier était constitué de plusieurs îlots formés par les bras de l'Ourthe. Ce pont Saint-Nicolas reliait autrefois la rue Chaussée des Prés à la rue Puits en Sock, en passant au-dessus du bief Saucy. Il a disparu en 1875 avec le remblaiement du cours d'eau qu'on transforme en boulevard.

Le rond-point et la rue Pont Saint-Nicolas vus du boulevard Saucy
en août 2006.


 

 

 

 

 


Le pont Saint-Nicolas en 1865, avant l'assèchement du bief en boulevard Saucy.


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