Mon quartier est celui du plateau Saint-Gilles, du boulevard Kleyer et des Grands Champs, à cheval sur les communes de Liège et Saint-Nicolas.

Je vais donc vous présenter ici les endroits liégeois et saint-clausiens qui constituent mon environnement quotidien.


Le plateau Saint-Gilles :

La rue Saint-Gilles est une très longue artère qui part du Pont d'Avroy, au centre-ville, pour se terminer sur les hauteurs du Publémont. Le plateau Saint-Gilles, au sommet de cette rue, est très commerçant. Le voici à la fin des années 1930 et en 2006 :
L'immeuble désigné par la flèche rouge est originaire du XVIIIème siècle. On le retrouve sur les deux photos ci-dessous, en 1944 et 1960 :
 

En 1920.
 
En 2006.
 
En 1920.
 
En 2006.
 
Parmi ces bâtiments abandonnés (photo des années 1970), figure la Maison du peuple inaugurée en 1914.
 
Ce dessin figurait sur une carte postale vendue pour financer la construction de la Maison du peuple.
 
La Maison du peuple a été démolie en 1981, laissant un chancre urbain visible ici dans les années 1990.
 
Le chancre urbain ne disparaîtra
qu'en 2006, avec la construction de la résidence Deltour.
 
L'installation d'une sculpture, en juin
2006, sur le rond-point de Saint-Gilles.
Cette œuvre d'art contemporaine a été réalisée par l'artiste liégeoise Babette Baibay. Elle est intitulée « il s'élance », le pronom désignant le quartier du plateau Saint-Gilles. La spirale qui entoure le totem, normalement pointée vers le ciel, est un encouragement à oser l’avenir, l’inconnu…


Quelles sont les origines du quartier ?

Gilles d’Orval, chroniqueur du XIIIème siècle, rapporte l’existence, sur les hauteurs de Saint-Gilles à l’époque romaine, d’un ravin surnommé le Puits d’Enfer, d’où sortent la foudre et les tempêtes. Ce racontar, amplifié à la Renaissance par des auteurs passionnés de culture greco-latine, a donné naissance à une légende qui voudrait qu’un autel ait été érigé à l’extrémité du Publémont, dès l’Antiquité, pour satisfaire au culte de Vulcain, le dieu du feu.

Aucune trace archéologique n’atteste l’existence de ce sanctuaire antique, mais l’allusion à des phénomènes climatiques n’est pas sans fondement, car de tout temps, on a redouté les grands vents de Saint-Gilles, ainsi que les orages violents déversant des torrents vers la vallée. Des récits médiévaux en témoignent, et d’anciennes expressions wallonnes évoquent des phénomènes météorologiques : « li trô del plêve », « li trô di grands vints », « li mâva trô » (le trou de la pluie, le trou des grands vents, le mauvais trou).

En réalité, les origines et le nom du quartier remontent à la fondation, il y a près de dix siècles, d’un oratoire chrétien dédié à saint Gilles.


La légende de saint Gilles

Le futur saint Gilles naît à Athènes vers 640, dans une famille de lignée royale. Son éducation se révèle brillante, comme il se doit pour quelqu’un de son rang. Ses parents s’attachent tout particulièrement à lui inspirer un ardent amour pour la lecture des livres sacrés.

Dès son enfance, il reçoit une profonde éducation chrétienne qui fructifie en une sainteté précoce. Un jour qu’il se rend à l’église, alors qu’il est adolescent, il se prend de compassion pour un infirme gisant sur la place et lui demandant l’aumône : il se dépouille de sa riche tunique pour l’offrir au malheureux, qui recouvre aussitôt la santé.

Le jeune homme comprend, à ce miracle, combien la générosité est agréable à Dieu. À la mort de ses parents (il n’a que vingt-quatre ans), il distribue tous ses biens aux miséreux et se voue lui-même à la pauvreté et à la mortification.

Les miracles se multiplient à son contact. On cite notamment la guérison d’un homme mordu par un serpent venimeux et l’exorcisation d’un possédé qui trouble un office religieux par ses clameurs.

Tableaux quadrilobés (église Saint-Gilles de Liège) représentant saint Gilles accomplissant des prodiges et sculptant une statue de la Vierge :

Gilles s’effraie de sa popularité. Il se rend souvent en bord de mer, dans l’espoir de s’embarquer sur quelque vaisseau qui l’éloignerait de sa patrie, où sa sainteté connue de tous afflige son humilité. Un jour, il aperçoit un navire menacé par une épouvantable tempête ; il calme les flots furieux par ses prières, et les marins, en reconnaissance, l’accueillent à bord pour le conduire sur la côte méridionale de la Gaule.

De Marseille, il part pour Arles, ville de grand commerce où la langue grecque est couramment usitée. Il a l’intention d’y mener une vie obscure, à l’abri des honneurs, mais Dieu en décide autrement. Hébergé chez la veuve Théocrite, il en guérit la fille, qu’une forte fièvre accable depuis des années malgré tous les soins que la médecine lui prodigue. À la suite de la renommée que lui vaut ce nouveau miracle, il est appelé auprès de Césaire, l’évêque de ce diocèse.

Au bout de deux ans, Gilles quitte secrètement le prélat pour se rendre de l’autre côté du Rhône, sur les bords escarpés du Gardon, où il espère vivre à l’écart de la société.

À quelques lieues du célèbre aqueduc romain, il rencontre un ermite vivant dans une grotte. Il s’agit de Vérédème, originaire lui aussi de Grèce. Il le prend pour maître et obtient de partager sa retraite et son expérience contemplative. Ensemble, ils rendent fertiles, par la prière, les terres proches de leur refuge, pour que la nature satisfasse à leurs besoins.

Mais les miracles qu'ils réalisent attirent de plus en plus de monde, et Gilles, qui aspire à vivre loin des louanges, se résoud à quitter son compagnon pour aller chercher la solitude à Nuria, vallée des Pyrénées située à deux mille mètres d’altitude, en Catalogne espagnole.

Selon la tradition, c’est vers 670 qu’il s’installe à cet endroit, où il va rester quatre ans. Il y consacre son temps à sculpter une statue de la Vierge Marie.

Ci-dessous à gauche, la statue de la Madone vénérée encore actuellement dans le sanctuaire espagnol de Nuria. La légende l'attribue à saint Gilles au VIIème siècle, mais il s'agit en réalité d'une oeuvre romane polychromée qui a été vraisembablement sculptée au XIIème ou début du XIIIème siècle.

À doite, une réplique de cette Vierge exposée dans l'église Saint-Gilles de Liège :

     

Obligé de fuir Nuria à cause des persécutions romaines à l’encontre des Chrétiens, Gilles regagne la France et recherche la solitude dans l’épaisse forêt qui s’étend entre Nîmes et la Camargue. Il y trouve refuge dans une grotte à proximité d’une source. Dégagé de toute préoccupation terrestre, il ne vit que pour Dieu, dans l’adoration et la contemplation. Il se nourrit d’eau et d’herbes, mais la providence divine lui envoie une biche pour l’alimenter de son lait.



Ici se situe la scène qui a maintes fois inspiré les artistes. La biche apprivoisée, traquée par des chasseurs de Wamba, roi des Wisigoths d’Espagne se met à l’abri dans l’antre de son maître. À deux reprises, la meute n’ose s’aventurer dans la végétation sauvage qui protège le gîte. Informé du phénomène, le roi soupçonne un prodige et en fait part à Arégius, l’évêque de Nîmes. Tous deux décident, le jour suivant, d’accompagner les veneurs dans leur chasse. Une nouvelle fois, les chiens sont miraculeusement repoussés, mais un archer décoche une flèche au hasard, à travers les broussailles.

La troupe réussit finalement à s’ouvrir un chemin dans les fourrés épais. Wamba et Arégius découvrent alors Gilles à l’entrée de sa grotte, blessé la main par la flèche tirée quelques instants auparavant.

Ils interrogent l’ermite, qui les émeut en racontant la vie qu’il mène au service de Dieu ; ils se jettent à ses pieds pour lui demander pardon et lui proposent d’immenses richesses. Gilles refuse tout présent, mais suggère de faire construire un monastère. Il finit même par consentir, malgré sa répugnance à occuper une fonction élevée, à en assumer la direction.

Tableau quadrilobé (église Saint-Gilles de Liège) représentant Saint-Gilles obtenant les faveurs du roi Wamba et de l'évêque Arégius (l'ermite a la main transpercée d'une flèche, et sa biche nourricière est couchée à ses pieds) :



Telle est l’origine de l’abbaye de Saint-Gilles du Gard, en Provence, avec Gilles comme premier abbé, à la tête d’une communauté de religieux respectant les règles de saint Benoît, ordre prépondérant dans la Gaule de l’époque.

En 719, les Sarrasins, qui contôlent l’Espagne, franchissent les Pyrénées et s’emparent d’une grande partie de la Provence, pillant et incendiant de nombreuses églises et abbayes. Gilles se rend à Orléans, au pays des Francs, où il rencontre Charles Martel (le grand-père de Charlemagne), dont il obtient la promesse que son monastère sera relevé de ses ruines après la victoire sur l’occupant, victoire acquise en 721.

Gilles meurt un premier septembre entre 721 et 725. Son tombeau, dans l’église abbatiale, devient rapidement l’objet d’une intense vénération. La ville de Saint-Gilles du Gard se développe autour du lieu saint, qui est mentionné, dès le XIème siècle, comme le troisième but de pèlerinage de la chrétienté, après Rome et Compostelle.

L'abbatiale de Saint-Gilles du Gard et la place qui lui fait face :

 

À la fin du XIème siècle, l'actuel plateau Saint-Gilles est une épaisse forêt inhospitalière, traversée cependant par le chemin qui mène de Liège à Huy, étape vers la France. Les lieux sont malfamés, peuplés de bêtes sauvages et de bandits qui s’attaquent aux voyageurs.

C'est pourtant là, vers 1083, qu'un certain Goderan, jongleur-ménestrel désireux de se consacrer à la méditation, sollicite le droit, auprès du père-abbé Bérenger de l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent, d'aménager un ermitage sur les hauteurs boisées du Publémont, terres qui appartiennent à cette abbaye.

   

Le père-abbé Bérenger accède à cette demande, et Goderan y édifie, avec l'aide de son ours savant, un petit ermitage et un oratoire dédié à saint Gilles.

 L'ours dressé aide Goderan à tirer le chariot rempli de pierres (tableau quadrilobé, église Saint-Gilles de Liège).

La légende voudrait que ce Goderan soit originaire de l'abbaye de Saint-Gilles du Gard, mais il ne s'agirait là que d'une interpolation de Jean d'Outremeuse, auteur à l'imagination généreuse.

Goderan pratique largement l'hospitalité. Il est rejoint par d'autres hommes et femmes attirés par son idéal de vie. Il fait construire, pour les abriter, de petites maisons dont l'ensemble forme progressivement une communauté dédiée à saint Gilles.

À sa mort, on enterre le corps du fondateur près de l'autel de la petite chapelle Saint-Gilles. En 1115, le prieuré est soumis à la règle de saint Augustin. En 1124, le prince-évêque Albéron élève ce prieuré au grade d’abbaye, en augmentant son domaine
territorial et nommant un abbé à la tête des chanoines réguliers.

Le prince-évêque Albéron 1er, en 1124, ordonne des travaux pour remplacer l'oratoire de Goderan par une église beaucoup plus spacieuse, qu'il consacre lui-même en 1127.

La consécration de l'église Saint-Gilles par le prince-évêque Albéron (tableau quadrilobé, église Saint-Gilles de Liège)  

 

 

 

L'église érigée par Albéron est en forme de croix latine, de style roman-mosan. Les matériaux sont pris sur place : moellons de grès schisteux et de grès houiller. Il y a du charbon, en effet, sous le sol du Publémont, et les moines ne tardent d'ailleurs pas à l'exploiter.

 En vert : l'oratoire bâti par Goderan. En bleu : le transept ajouté vers 1115. En rouge : les parties démolies en 1124. En noir : les agrandissements dûs à Albéron 1er.


Tout naturellement, le prince-évêque Albéron obtient d'être enterré dans l'église de Saint-Gilles qu'il a consacrée.

On y voit encore aujourd'hui à sa mémoire une pierre tombale qui n'est pas la pierre originale, détruite lors d'un incendie en 1568, mais un mémorial gravé en 1646 par le père-abbé Jean de Nollet  

 

L'abbaye de Saint-Gilles et le plateau Saint-Gilles sur un fragment de carte de 1649.

 
Le même endroit dans la première décennie du XXIème siècle, vu grâce à Bing Maps de Microsoft.
 

 

Le monastère, au cours de sa longue existence, est frappé par bien des malheurs. En 1468, il est pillé et incendié par les hordes bourguignonnes de Charles le Téméraire. Les moines doivent aliéner leurs revenus pour parer aux réparations les plus urgentes, puis il faut attendre le début du XVIème siècle, sous le règne du prince-évêque Érard de la Marck, grand mécène, pour que l'abbaye commence véritablement à renaître.

 

 Cette pierre tombale, dans l'église Saint-Gilles de Liège, est celle de l'abbé Wauthier de Bréda, qui achève, vers 1540, de reconstruire les bâtiments claustraux.

En octobre 1568, le couvent est à nouveau saccagé, cette fois par les troupes de Guillaume d’Orange, qui passent par Liège pour fuir l’armée du duc d’Albe traquant
les calvinistes. Les lieux sont restaurés, et voici comme ils apparaissent dans une enluminure de 1584 :


Lambert Le Ruitte, le prélat qui dirige l’abbaye de Saint-Gilles de 1719 à 1738, est féru de nouveauté. Pour mettre les bâtiments monacaux « au goût du jour », il leur apporte de profondes transformations. Au niveau de l'église, il bouleverse la tradition qui veut que le choeur soit orienté vers l’est pour que les rayons du soleil levant l’illuminent pendant la première eucharistie. Le transept et le chœur d’origine sont supprimés et remplacés par un porche d’entrée. Le maître-autel et les stalles sont désormais placés à l’ouest, sous la voûte du clocher.

Gravure de Remacle Le Loup représentant l'abbaye de Saint-Gilles vers 1740.
Le même endroit dans les années 1950 et en 2008
 
L'église en 1850, avec le porche d'entrée dû le siècle précédent à l'abbé Lambert Le Ruitte.
 
Le même endroit en 2013.
 

Revenons-en à l'histoire de l'abbaye à la fin du XVIIIème siècle. Le nombre de chanoines réguliers ne cesse de diminuer, sans compter que la discipline religieuse connaît d’importants relâchements. En septembre 1785, l’abbé Laurent Chantraine et son chapitre adressent une supplique au pape Pie VI et au prince-évêque César-Constantin-François de Hoensbroeck ; ils demandent leur sécularisation et leur incorporation, avec leurs revenus, à la communauté de Saint-Jacques qui comporte moins de chanoines que les autres collégiales liégeoises. Leur requête est acceptée en février 1786. L’abbaye de Saint-Gilles est désertée après quelque sept siècles d’existence, son mobilier vendu aux enchères.

La fin du XVIIIe siècle est marquée par la révolution liégeoise puis l’intégration de la principauté de Liège à la France. L’église de Saint-Gilles et l'abbaye abandonnée échappent à la fureur destructrice de cette période mouvementée.
À la suite du Concordat de 1801, l’ancienne église abbatiale reprend du service comme paroissiale. D’importants travaux sont nécessaires, de 1803 à 1807, pour transformer et remettre en état cet édifice désaffecté depuis dix-sept ans. Les autres bâtiments monacaux sont convertis en habitations.

 

 L'église Saint-Gilles vers 1885.

Tout au long du XIXème siècle, l’église a souffert des affaissements de terrain que provoque dans les alentours l’exploitation intensive du sous-sol houiller.

En 1885, le curé Hyacinthe Demaret et le conseil de fabrique décident un sauvetage total et un agrandissement jugé indispensable vu l’augmentation de la population locale et donc des fidèles. La conception du projet est confiée à l’architecte gantois Auguste Van Assche, bien connu à Liège pour les importantes restaurations qu’il a déjà effectuées à Saint-Jacques, Saint-Denis, Saint-Martin ou Saint-
Christophe.

L'église entièrement rénovée est reconsacrée le 28 mai 1894 par l'évêque de Liège Victor Joseph Doutreloux.


L'église Saint-Gilles avant 1885, avec sa seule nef orientale.
 
Les démolitions au pied de la
tour, dès 1891, sont préparatoires à l’ajout d’une nef occidentale.
 
Le chantier de 1891-93 : rénovation de la nef orientale et rétablissement du chœur à son emplacement originel (la flèche).
 
Le chevet du chœur en 2008 (un jour de brocante hebdomadaire).
 
Le chevet semi-circulaire du nouveau chœur, replacé à l’est, imite l’abside du prieuré de Saint-Nicolas-en-Glain, chapelle construite en 1147 et complètement en ruines à la
fin du XIXème siècle.
La chapelle de Saint-Nicolas-en-Glain peu avant sa démolition en 1906. C'est elle, au Moyen Âge, qui a donné son nom à la localité.
 
Cet oratoire, s'il existait toujours, se trouverait à l'angle de la rue Saint-Nicolas et de la rue des Noyers. Voici cet endroit en octobre 2009, pendant la construction d'un immeuble à vocation résidentielle et commerciale.
 
L’intérieur de l’église en 1886. Le chœur, avec le maître autel, est situé sous la voûte de la tour depuis le milieu des années 1730.
 
L'intérieur actuel (2009) : la voûte de la tour se trouve au milieu des deux nefs, et le chœur est rétabli dans l'abside orientale.
 
Le grand crucifix en chênepolychromé, suspendu dans le chœur, date probablement du XIIIe siècle. La tradition rapporte qu’un soldat calviniste, en 1600, a transpercé la poitrine de ce Christ d’une balle de mousquet, et
que l’iconoclaste est tombé raide mort en sortant de l’église. Cette oeuvre gothique a été restaurée en 1885 par l’artiste liégeois Jules Helbig (1821-1906), peintre et historien de l’art belge.

*    *    *    *    
Du complexe monastique d'antan, il ne reste donc que l'église,
elle-même profondément modifiée.

Sur cette photo de 1967, le rectangle rouge délimite approxima-tivement ce qui subsiste de l'édifice du XIIème siècle, le reste datant des rénovations et agrandissements de la fin du XIXème. L'ensemble allie harmonieusement les styles roman et néo-roman.

Sur l'affiche ci-contre ( 11 janvier 1942 : journée spéciale organisée par la paroisse pour récolter des dons et envoyer des colis aux prisonniers de guerre ), l'église Saint-Gilles figure dans les pensées du soldat détenu en Allemagne.

À côté de l'église, on aperçoit quelques bâtiments qui constituent les derniers vestiges de l'ancienne abbaye, occupés à l'époque par des Soeurs françaises de la Sainte Famille du Sacré-Coeur (cf. plus loin, dans le chapitre « Cour Saint-Gilles »).

 

 

Le culte de Saint-Gilles :

 

La statue de saint Gilles conservée dans l'église de Liège du même nom a été sculptée, vers 1340, par le Maître de la Madone de la Gleize. Plus grande que nature, elle mesure 2 mètres 27.

Au fil des siècles, cette sculpture polychromée a subi des restaurations maladroites. Les yeux du personnage, de retouche en retouche, ont été considérablement agrandis, lui donnant une expression d'effarement.

La polychromie primitive a été rétablie par l'artiste et archéologue liégeois Jules Helbig à partir de 1885, mais l'expression locale « i fait des oüys come Sint Djîle l'èwaré ! » ( « il fait des yeux comme Saint-Gilles l'ahuri » ) a survécu.

Une procession parcourt chaque année les rues de la paroisse, pendant la neuvaine du 1er au 9 septembre.

Cette neuvaine, période de prières, permet aux croyants de prier saint Gilles pour les préserver, eux et leurs enfants, des maladies nerveuses et des frayeurs nocturnes.

Ces manifestations de foi, autrefois, attiraient une assistance nombreuse. Voici ce qu'écrit Charles Delchevalerie, écrivain wallon, dans la première moitié du XXème siècle :

« Ce jour-là, sur la courette qui entoure l'antique et petite église romane aux pierres noircies, règne l'affairement d'un pèlerinage des temps médiévaux.

Autour du moustier rustique, des carrousels tournent et des échoppes offrent aux marmots des jouets naïfs et bigarrés. Une foule pieuse piétine et s'engage sous la voûte nue du temple : ce sont des femmes et des enfants qui vont faire leurs dévotions au patron du lieu, dont l'effigie, par ses yeux égarés, a conquis une renommée séculaire. On prie saint Gilles pour éviter aux enfants les convulsions et les crises nerveuses.

Un va et vient s'organise autour d'une table où les pèlerins déposent des offrandes et des cierges ; ils défilent devant le saint hagard sous ses boucles ; ils font toucher aux petiots sa jambe ou le pied du chevreau ( la biche ) qui se dresse contre lui.

Le rite accompli, on passe dans une chapelle voisine où le prêtre officie, puis on gagne la sortie après une prière, et l'on se répand dans les boulangeries des alentours où furent mises au four, pour la circonstance, les tartes au riz et aux prunes... La croyance populaire se manifeste ainsi, aux portes de la ville, par une survivance pleine de caractère ».

(Autour du perron, images liegéoises, 1932)

Les photos qui suivent témoignent de la ferveur populaire au milieu du XXème siècle. La procession, avec ses reconstitutions historisques inspirées par la Bible et l'Évangile, compte de nombreux participants, et la foule est dense pour assister pieusement à l'événement :

 
 
À l'époque, le cortège suit un itinéraire impressionnant vu l'étendue de la paroisse. Par exemple, la photo noir et blanc ci-dessous a été prise en 1958 à l'embranchement des rues Saint-Laurent et du Calvaire. Tous les immeubles visibles sur ce document ont disparu lors de la construction de la descente autoroutière A602.
En 1958.
 
En 2009.
 

De nos jours ( photos de 2006 ), il faut reconnaître que ces cérémonies religieuses n'ont plus pareil succès ; même la fête foraine associée à l'événement est réduite à sa plus simple expression :

 
La fête foraine en septembre 1979, avec un manège du type chenille accolé à l’église. Les décennies précédentes, les attractions étaient bien plus nombreuses, situées non seulement cour Saint-Gilles, mais aussi au sommet de la rue Henri Maus, le long du boulevard Kleyer ou place des Grands Champs (autos-scooters).
Au menu des festivités, dans ces années dont les coutumes sont aujourd’hui révolues, figurent aussi des aubades, concerts joués par des fanfares ou harmonies parcourant
les rues du quartier.
Des majorettes en 1967.
 
Des marins bretons en 1970.
 


Le tremblement de terre de 1983
:

Le 8 novembre 1983, l'église est ébranlée par le tremblement de terre qui secoue l'agglomération liégeoise.

En attendant les restaurations nécessaires, les offices sont célébrés dans la chapelle de l'école Saint-Sébastien toute proche.

 

Le 9 novembre, le lendemain du sésisme, la reine Fabiola se rend à Saint-Nicolas, région liégeoise particulièrement touchée, pour réconforter la population. Accueil aux Grands Champs par Edouard Close, bourgmestre de Liège, et Freddy Donnay, bourgmestre de Saint-Nicolas.

 

En septembre 1984, une partie de l'édifice délimitée par des barrières Nadar est de nouveau accessible, à l'occasion de la neuvaine annuelle en l'honneur de saint Gilles.

En ce début septembre 1984, la procession religieuse est précédée, la veille, par le
« pèlerinage des musiciens ». La fanfare de Saint-Pholien les Prés en tête, des chanteurs et instrumentistes, partent de la place de la Cathédrale et remontent toute la rue Saint-Gilles jusqu'au haut du Publémont, où ils sont bénis dans la cour de l'école Saint-Sébastien.

Le « pèlerinage des musiciens » ! Une tradition qu'on n'avait plus observée depuis des siècles. C'est le chroniqueur Jean d'Outremeuse qui nous en apprend l'existence au XIVème siècle. A cette époque, il était coutume qu'un cortège de musiciens, le 1er septembre, fête de saint Gilles, se rende de la place du Marché à l'abbaye pour célébrer Goderan, leur ancien confrère devenu ermite. Les participants affublés de coiffures excentriques s’amusent à tirer de leurs instruments des sons discordants, d’où l’expression locale « les krinkrins de Saint-Gilles » .

Cette tradition n'avait plus été célébrée depuis le sac de Liège, en 1468, par les troupes de Charles le Téméraire... Et elle ne l'a plus été depuis !

 

La cour Saint-Gilles :

Une partie de l’abbaye d’antan est démolie en 1899 lors de l’agrandissement du cimetière paroissial créé en 1817. Subsistent néanmoins certaines constructions, dont celles bordant la cour intérieure au sud et à l’est. La rue de l’église s’appelle d’ailleurs la cour Saint-Gilles en référence à cette ancienne cour (le rectangle rouge sur la gravure ci-dessous). Depuis 1909, l'endroit se présente comme une petite place publique à la hauteur de l’édifice paroissial.

Une gravure de Remacle Le Loup montrant l'abbaye
vue de l'intérieur vers 1740.
Le même endroit au début du XXème siècle et en 2009. Les derniers bâtiments de l'ancienne abbaye ont été démolis en 1958
 
L'immeuble du 31 cour Saint-Gilles (photo de 1955) comporte des éléments de murs anciens qui constituent les seuls vestiges de l'ancien couvent. Il est affecté aux oeuvres paroissiales.
 
La cour Saint-Gilles vue de l'esplanade du cimetière en 2008. Les bâtiments modernes désignés par la flèche sont ceux de l'école fondamentale Saint-Sébastien.
 

À l’origine de l’actuelle école mixte Saint-Sébastien, figurent une école pour garçons et une autre pour filles, créées l’une à côté de l’autre, la première en 1879, la seconde en 1882.

En ce qui concerne l’éducation des filles, il est d’usage à l’époque d’en confier la charge à des religieuses. La paroisse, après s’être adressée en vain à des congrégations belges, fait finalement appel à des Soeurs de Notre-Dame originaires de Soissons, lesquelles arrivent en 1887. Des Filles de Marie-Auxiliatrice de Don Bosco leur succèderont en
1919. Elles exerceront des fonctions de direction et d’enseignement jusqu’au début des années 1980. De moins en moins nombreuses, elles se consacreront par la suite à des activités parascolaires et à la catéchèse paroissiale. La dernière à quitter la cour Saint-Gilles se retirera en 2007 dans une Maison provinciale de sa congrégation.

Une classe de maternelle en 1925.
Une classe de filles en 1916.
 
Une classe de garçons en 1931.
 
L'école des garçons en 1936. Ce bâtiment sera endommagé par un V1 en 1944 et remplacé par des locaux modernes dès 1946.
 
Les locaux de 1946 pendant des
travaux de rénovation en janvier 2013.
 
La cour de récréation, en 1950, de l'école des filles et des maternelles mixtes. Les bâtiments de gauche seront détruits quatre ans plus tard.
 
Le chantier de la nouvelle école des filles en 1954. Cette infrastructure deviendra le coeur administratif de l’école quand celle-ci adoptera la mixité.
 

Au début du XXème siècle, il existe, à Saint-Gilles, d'autres religieuses que celles qui s'occupent de l'école fondamentale des filles. Ainsi, dès 1901, des soeurs françaises qui fuient les lois anti-congrégations viennent s'installer dans ce qui reste des anciens bâtiments abbatiaux. Ce sont les Soeurs de la Sainte Famille du Sacré-Coeur, qui resteront là jusqu'en 1948.

Le couvent des soeurs françaises au début du XXème siècle.
Le même endroit en 2006.



Les rues Saint-Nicolas et Ferdinand Nicolay
:

Cette carte postale de 1920 a été prise depuis le début de la cour Saint-Gilles. En face, au-delà de l'attroupement, s'ouvre la rue Saint-Nicolas en direction de Montegnée.
Dans les années 1930.
 
En 2006.
 
La rue Saint-Nicolas en 1910-1920.
 
En 2008.

Rue Saint-Nicolas, près de Saint-Gilles, se trouvait autrefois un dépôt des trams
vicinaux ; cet endroit accueille de nos jours divers centres de formation professionnelle, dont AutoForm, spécialisé dans les métiers de l'automobile.

En 1910.
 
En 2006.


Quant à la rue Ferdinand Nicolay ( du nom d'un homme d'affaires belge du début du XXème siècle, généreux à l'égard des bureaux de bienfaisance ), elle permet de descendre vers Tilleur :
En 1959.
 
En 2008.

 

La rue de Tilleur :

La rue porte officiellement ce nom depuis 1877 ; elle est ainsi appelée parce qu'elle aboutit à la localité de Tilleur, laquelle devrait son nom aux tilleuls qui abondaient autrefois sur son territoire.

Le « thier de Tilleur » est déjà cité au XIVème siècle, et c'est au milieu du XVIIIème que ce chemin est élargi et pavé, tout comme celui de Saint-Laurent à Saint-Gilles (l'actuelle rue Saint-Laurent ). Ces voiries constituent alors, au départ de Liège, le premier tronçon de la « route de France », route qui mène vers le sud via Seraing, Huy et le Condroz. De Tilleur à Seraing, c'est un bac qui permet de traverser la Meuse.

La rue de Tilleur vue depuis la rue Saint-Gilles en 1938.
 
En 2004.
 
L'embranchement en 1966 de la cour Saint-Gilles, de la rue de Tilleur et de la rue Courte.
 
Le même endroit en octobre 2011, lors de démolitions préparant la construction d'un petit building à vocation résidentielle et commerciale.
 

Le mur à gradins du cimetière Saint-Gilles, construit en 1914, longe une grande partie de la rue de Tilleur. Les cheminées, dans le fond, sont celles du dépôt des tramways vicinaux de la rue Saint-Nicolas. Cette station possède en effet sa propre unité de production d’électricité.
La même perspective en 2006.

Fin février 2004, une journée d'hiver un peu
plus enneigée que d'habitude :

La rue de Tilleur de l'autre côté de la place des Grands Champs et vue depuis la rue du Vieux Thier :
En 1949 ( dans la fond à gauche : la rue Likenne).
 
En 2008, fortement urbanisée.
 
En 1949 ( à droite, la rue de la
Justice ).
 
En 2008.

 

 

Les Grands Champs :

La place des Grands Champs n'existe pas ; on appelle ainsi, dans le quartier, l'espace public compris entre la rue de Tilleur et le début de la rue des Grands Champs.

La rue de Tilleur vue de la « place » des Grands Champs
vers 1930, en septembre 2006 et en novembre 2008.

La rue des Grands Champs en 1954.
 
En 2008.
 


Les Grands Champs de Saint-Gilles constituent jadis un endroit malfamé et presque désert. Le lieu est sinistre, avec des terrains laissés en friche et mal entretenus. Des brigands trouvent repaire dans les bois avoisinants et sévissent dans les chemins bordés de buissons, propices aux traquenards. Sous l’Ancien Régime, l’imagination populaire y suppose même des sabbats de sorcières. Au début du XIXème siècle encore, le quartier n’est fréquenté que si la nécessité l’exige ; s’il s’urbanise par la suite, c’est grâce au développement de la houillère Piron (voir plus loin les origines de ce charbonnage).

La mauvaise réputation d’antan s’explique par la présence aux Grands Champs, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, d’un gibet qui sert aux exécutions capitales. Les funestes installations se situent en bordure de l’actuelle rue de la Justice.

Ce fragment de carte Ferraris (années 1770) nous permet de situer l’abbaye de Saint-Gilles (1), l’allée des Grands Champs (2) et l’actuelle rue de Tilleur (3). Le tracé marqué (4) préfigure la rue de la Justice, dont la partie en pente s’appelle à l’époque le chemin des Suppliciés, car c’est par là que les défunts sont emportés pour être enterrés au cimetière de l’ermitage, sur le Vieux Thier (5).

Aux premiers temps de la Cité de Liège, les exécutions capitales ont lieu à l’empla-cement où se trouve de nos jours le quartier militaire Saint-Laurent, ancienne abbaye bénédictine fondée au début du XIème siècle. C’est probablement lors de la construction de ces bâtiments monacaux que le lieu de souffrance est transféré plus haut sur la colline. L’existence aux Grands Champs du gibet de justice de la principauté n’est cependant attestée qu’au début du XVe siècle, dans un écrit du chroniqueur Jean de Stavelot.

On n’exécute à Saint-Gilles que les malfaiteurs non citoyens liégeois. Les citadins subissent leur peine sur la place du Marché, ou sur les degrés de la cathédrale Saint-Lambert s’ils sont de condition sociale élevée. Haut de quatre mètres cinquante environ, le gibet est composé de trois colonnes de pierre disposées en triangle, et les poutres qu’elles supportent permettent neuf pendaisons simultanées. Les bourreaux procèdent aussi à d’autres châtiments : la décapitation, le bûcher et le supplice de la roue.

Quand les condamnés en provenance de l’Official arrivent en charrettes au sommet de la rue Saint-Gilles, ils sont conduits à la potence par un petit chemin dit des « Patients » (du latin « patiens », « qui souffre »). Situé du côté des prairies surplombant le Laveu, cet itinéraire les fait passer à l'arrière de l’abbaye pour les empêcher d’y demander le droit d’asile.

L'Official de Liège en 1649. Ce bâtiment abrite une cour de justice, des cachots et salles de torture.
 
À cet endroit, se trouve actuellement l'îlot Saint-Michel. Le boulevard de la Sauvenière, la place de l'Opéra et la chaussée qui longe la place de la République française ont remplacé un ancien bras de la Meuse.
 


La ruelle des Patients à Saint-Gilles à la fin du XIXème siècle.
 
Depuis 1967, c'est le boulevard Hillier qui passe à cet endroit (Bing Maps 2009).
 

Non loin de là, existent les rues du Laveu et de Joie. La tentation est grande de considérer que ces appellations ont un rapport avec le lieu de supplice des Grands Champs, si on pense à l'aveu des prisonniers et à la joie des condamnés graciés ! Mais ce serait des familles illustres des XIVème et XVème siècles, les Lavoir et les Joye, qui seraient plutôt à l'origine de ces noms.

Le gibet a heureusement disparu depuis longtemps, mais une expression wallonne a survécu dans la région quand il s'agit d'éconduire quelqu'un : « Vas ti fé pinde à Sint-Djîle ! » ( « Va te faire pendre à Saint-Gilles ! »).

 

Le Bel-Horizon :

 
La rue du Bel-Horizon (1) est une voie très courte qui relie la place des Grands Champs (2) et le boulevard Kleyer (3).

Elle est le tronçon rescapé d’un long chemin qui descendait jusqu’à la rue du Laveu (4) en serpentant sur le flanc d'un terril (5) du charbonnage de La Haye (voir plus loin).
Le vallon Boulboul vers 1920. Le sentier mène au quartier du Laveu encore fort champêtre.
 
Le flanc boisé de l'ancien terril, descendant vers les rues du Laveu et Comhaire (Bing Maps 2009).
 
En bordure du boulevard Kleyer, ce plateau à la végétation sauvage est le dessus
du terril en 1968. Quelques années plus tard, la Ville y aménagera un dépôt de
matériaux de voirie et une plaine de jeux. Celle-ci se caractérisera par un terrain de football en brique pilée rouge, utilisé tout un temps par le club EY Liège et
aujourd’hui à l’abandon
.
(photo actuelle en attente)
La rue Bel-Horizon en 2006. Son seul horizon est un écran de végétation laissant entrevoir le terrain rougeâtre de l'EY Liège
 




Les boulevards Gustave Kleyer et Louis Hillier :

Le boulevard Gustave Kleyer porte le nom du bourgmestre de Liège en fonction lors de l'Exposition universelle de 1905. Son premier tronçon, de Cointe au Bois l'Évêque, a d'ailleurs été aménagé dès 1903 dans le cadre de cette somptueuse manifestation, pour servir de magnifique promenade permettant d'admirer le panorama de la ville.

À l'époque, on l'appelle le boulevard de Cointe. Il sera prolongé jusqu’à la rue des Wallons de 1904 à 1907, puis jusqu’à la rue Henri Maus en 1908-1909. Il changera de nom en 1921, quand son concepteur Gustave Kleyer sera contraint de renoncer à son mandat maïoral pour cause de cécité.

Le boulevard Gustave Kleyer en avril 2006 (Liège-Bastogne-Liège)
à la hauteur de la rue Bel-Horizon.
Ces logements sociaux de la Maison liégeoise, terminés en 1921, seront vendus à des particuliers dès 1956.
 
En 2006.
 

L’église Saint-Gilles en 1949, à proximité d'anciens bâtiments monacaux qui seront détruits dans la décennie suivante. Les pavés, à l’avant-plan, sont ceux de la rue Henri Maus en provenance du Laveu. Le photographe se tient dos au boulevard Kleyer, avec face à lui les terrains vagues et prairies où s’ouvre de nos jours le boulevard Hillier.
Le même endroit en 2008. Les bâtiments au centre de la photo (1) sont l'atelier protégé « La Lumière », destiné aux aveugles et malvoyants. La rue Henri Maus (2), provenant du Laveu, coupe l'enfilade actuelle des deux boulevards, Gustave Kleyer (3) et Louis Hiller (4).

Voie très ancienne appelée initia-lement rue du Haut-Laveu, la rue
Henri Maus porte depuis 1889 le nom du célèbre ingénieur belge qui a
conçu le plan incliné assurant la jonction ferroviaire entre la gare d’Ans
et la gare des Guillemins (que l'on voit sur la gravure ci-contre en 1845).

La photo ci-dessous représente la rue Henri Maus avant-guerre. L'ovale indique l'emplacement d'une briqueterie, dont on aperçoit les voûtes des fours. Au-delà des maisons soulignées de rouge, un chemin pavé accède au boulevard Kleyer. Le boulevard Hillier n'existe pas encore ; c'est la ruelle des Patients qui longe le cimetière, près de l'église Saint-Gilles et du couvent.

 
1952 : la rue Henri Maus arrivant sur le plateau Saint-Gilles à la fin du boulevard Kleyer. Le boulevard Louis Hillier sera construit en 1967-68 dans les prairies que l'on voit devant le mur du cimetière.

Le boulevard Louis Hillier porte le nom du musicien qui a composé le
« Tchant dès Walons » en 1901 (cet air, avec des paroles de Théophile Bovy, est depuis 1998 l'hymne de la Région wallonne de Belgique).

1967 : les terrassements préparant le tracé du futur boulevard Hillier (dans le fond, on entrevoit l'école Bensberg).
 
1967 : les travaux d'aménagement du boulevard à la hauteur de la rue Henri Maus.
 
Le boulevard tout neuf en 1968, avec les abords de l'église Saint-Gilles non encore arrangés.
 
1969, après les passage des jardiniers du service des plantations et de l'entretien des espaces publics.
 

Depuis 1984, le boulevard Hillier et les pelouses proches de l'église romane accueillent tous les samedis matin une brocante appelée « les petites puces de Saint-Gilles » :

 

Le boulevard Hillier en avril 2008 et février 2013. La végétation visible dans le cadre rouge a été sacrifiée au profit de la construction d'une unité de soins psychiatriques
 
   

Le boulevard Sainte-Beuve :

Cette artère est ouverte en 1954 à travers les prairies et terrains maraîchers qui s’éten-dent entre le sommet de la rue Saint-Gilles et la rue du Snapeux. Elle sera prolongée en 1962 jusqu’à la place Saint-Nicolas, dans le cadre du réaménagement routier qui bouleverse le quartier de Burenville.

Le boulevard commémore le passage dans notre cité de l'écrivain français Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869), lequel a été professeur de littérature à l’université de Liège pendant l’année académique 1848-1849.

Le boulevard Sainte-Beuve en avril 1967 pendant le chantier
du boulevard Louis Hillier.
Le même endroit en 2013.

Le boulevard peu après 1962.
 
En 2009.
 
Du côté de Burenville en 1963, lors du chantier des logements sociaux de la Maison liégeoise.
 
En 2009.
 


Le charbonnage de La Haye :

Dès 1819, la société de charbonnage de La Haye abandonne la fosse du Bois Mayette et continue d’exploiter le sous-sol à partir d’un autre siège situé sur le dessus de la rue Saint-Gilles, près de la rue Chauve-Souris.

 
Rue de la Haye (la photo ci-contre date de mai 2013)... Rien à voir donc avec la ville où siège le gouvernement des Pays-Bas.

L'appellation provient de l'ancien charbonnage de La Haye. Il s'agit d'une voie très ancienne, citée dès le XIVème siècle comme le lieu-dit « longue haie » et réaménagée en 1877 par la houillère pour y loger ses mineurs.
La ville de Liège vue en 1840 depuis les hauteurs de Saint-Gilles, œuvre du lithographe français Édouard Hostein (1804-1889). À l’avant-plan droit, l’artiste a représenté les installations de la houillère de La Haye. Ces bâtiments dissimulent le terril de coteau qui descend jusqu’au quartier du Laveu.

Sur cette vue du début du XXème siècle, la flèche désigne le terril de coteau de la houillère de La Haye (ce crassier est toutefois interdit d'utilisation depuis 1881, à la suite d'un effondrement de déblais dans la rue du Haut-Laveu devenue la rue Henri-Maus). Le rectangle signale l’orphelinat Saint-Jean-Berchmans, géré par des Salésiens depuis 1891 et point de départ de l’actuel centre scolaire Don Bosco.
Les mêmes repères en 1986. L'ancien site du charbonnage est occupé par des buildings résidentiels.

Le site saint-gillois du charbonnage de La Haye au début du XXème siècle.

 

En 1874, le charbonnage de La Haye inaugure un nouveau siège au Bois Saint-Gilles, près des Grands Champs, à l'emplacement d'une ancienne bure nommé « Piron » (voir sur la carte ci-dessous à gauche).

 

Le trait sinueux noir représente le tracé d'une voie de chemin de fer reliant le siège principal du charbonnage de La Haye à son annexe du Piron, dont le terril reçoit également les résidus miniers issus de
l’exploitation du haut de la rue Saint-Gilles (depuis l'accident de 1881, les autorités communales interdisent tout déversement à flanc de coteau sur le versant du Laveu).

Le départ des wagonnets au siège d'exploitation de la rue Saint-Gilles.


La houillère Piron a fermé en 1930 (quatre ans avant le siège principal de La Haye). Ces vestiges ont été photographiés en 1949.
 
Le même endroit en 2009. Les anciens bâtiments de la houillère ont été reconvertis en ateliers et appartements.
 
     
Du côté du Bois Saint-Gilles et des Grands Champs, le terril Piron se fond dans le paysage parce qu’il présente l’aspect d’un plateau contigu, où on a même aménagé tout un temps deux terrains de football.
 
Mais il s'agit d'un terril de coteau, et il faut se trouver du côté de la vallée pour en découvrir les versants abrupts. La photo ci-dessous date de 1970.


Revenons-en au siège principal du charbonnage de La Haye,
au sommet de la rue Saint-Gilles.

La houillère d'antan, vue depuis la rue Saint-Laurent. À l'avant-plan gauche, il s'agit de maisons ouvrières, construites par la direction du charbonnage pour loger ses mineurs à proximité des puits. Le contenu actuel du rectangle rouge figure sur la photo couleur suivante (2013).
Dans le commentaire précédent, il est question de logements pour les mineurs de la houillère. Ces immeubles n'existent plus. Ils étaient situés le long d'une voirie dont on devine toujours l'entrée du côté pair de la rue de la Haye.

Au lendemain de la première guerre mondiale, un transporteur aérien métallique (1) est mis en service pour acheminer le charbon du siège d’extraction de Saint-Gilles (2) vers une station de triage-lavage sise au Laveu (3). Opérationnelle jour et nuit, cette bruyante passerelle mécanisée franchissait la rue Henri Maus et surplombait une partie du quartier.

La rue Henri Maus, la voici à son sommet sur un dessin du début du XXème siècle. Dans le fond, on aperçoit les installations du charbonnage de La Haye.

Le même endroit au milieu des années 1960. À l’emplacement désigné par la flèche, va bientôt s’élever le premier building d’un vaste projet immobilier.
C'est la société immobilière Amelinckx qui acquiert le terrain en 1965, dans l'intention d’y construire un complexe d’immeubles à appartements, intégré dans un environnement de verdure.
 
Cette photo d'avril 1968 nous montre le premier building Amelinckx en fin de construction. L'immeuble est baptisé la résidence Plein Vent.
Le site de l’ancienne houillère de La Haye en 1968, photographié depuis la résidence Plein Vent en cours de construction.
 
La même perspective de nos jours. Le deuxième building Amelinckx, la résidence Chantebrise, a été érigé dès 1977.
 
Un troisième chantier, entamé par Amelinckx, sera abandonné pour des raisons financières ; repris par un autre promoteur, il donnera naissance, au milieu des années 1990, aux résidences Albert et Paola.
En 1967.
 
En 2012. Le site continue d'intéresser les promoteurs immobiliers.
 


La rue Chauve-Souris :

En provenance du Bas-Laveu, la rue Chauve-Souris est principalement constituée d’une succession d’escaliers. Au sommet de la colline, elle reprend l’apparence d’une voie carrossable avant de faire jonction avec la rue Saint-Gilles.

L’appellation « Chauve-Souris » est utilisée depuis très longtemps quand les autorités liégeoises l’officialisent en 1881. Une allusion aux mammifères volants qui hantent les galeries de mines désaffectées, dans cette région houillère exploitée dès le Moyen Âge.

 

Avant d’accéder au plateau Saint-Gilles, cette partie de la rue Chauve-Souris n’est
qu’une venelle taillée dans la futaie (la photo date de 1956).

 

Le dernier tronçon de la rue Chauve-Souris, à Saint-Gilles, vers 1960.

La rue Chauve-Souris (Saint-Gilles) dans les années 1950.
Au début des années 1960, quand on démolit les habitations situées du côté impair.
En 2009.
 
En 2011, pendant le chantier
des villas T-Palm.
 

Je tiens à remercier, pour m'avoir fourni les renseignements et documents nécessaires à la réalisation de cette page :

Mesdames Claire Chaussée, Andrée Closset et Suzanne Delarbre
Messieurs Christophe Barbason, Martin Boron (curé de la paroisse Saint-Gilles), Jean-Pierre Ers (Département de l'Urbanisme de la Ville de Liège), Richard Marquet (passionné par l'histoire de son quartier), Marcel Moreau, Guillaume Musique (†) et Laurent Truillet (collection Decroupet).

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 Davantage d'informations sur l'ancienne gare des Guillemins