Mon quartier est celui du plateau Saint-Gilles, du boulevard Kleyer et des Grands Champs, à cheval sur les communes de Liège et Saint-Nicolas. Je
vais donc vous présenter ici les endroits liégeois et
saint-clausiens qui constituent mon environnement quotidien. Le plateau Saint-Gilles :
La rue Saint-Gilles est une très longue artère qui part du Pont d'Avroy, au centre-ville, pour se terminer sur les hauteurs du Publémont. Le plateau Saint-Gilles, au sommet de cette rue, est très commerçant. Le voici à la fin des années 1930 et en 2006 :
Le nom du quartier trouve ses origines dans une abbaye fondée au XIIème siècle et dédiée à saint Gilles.
Je remercie Monsieur l'Abbé BORON, curé de la paroisse Saint-Gilles, ainsi que Monsieur Richard MARQUET, passionné par l'histoire du quartier, qui m'ont fourni une partie de la documentation nécessaire à la réalisation de cette page. À la fin du XIème siècle, un certain Goderan, jongleur troubadour désireux de se consacrer à la méditation, sollicite le droit, auprès du père-abbé Bérenger de l'abbaye bénédictine de Saint-Laurent, d'aménager un ermitage sur les hauteurs boisées du Publémont, terres qui appartiennent à cette abbaye.
La légende voudrait que ce Goderan soit originaire de Saint-Gilles du Gard, mais il ne s'agirait là que d'une interpolation de Jean d'Outremeuse, auteur à l'imagination généreuse. Goderan pratique largement l'hospitalité. Il est rejoint par d'autres hommes et femmes attirés par son idéal de vie. Il fait construire, pour les abriter, de petites maisons dont l'ensemble forme progressivement une communauté dédiée à saint Gilles. À sa mort, on enterre le corps du fondateur près de l'autel de la petite chapelle Saint-Gilles. Le prieuré est alors transformé en abbaye, soumise à la règle de saint Augustin. Probablement vers 1115.
Voici une gravure de Remacle Le Loup représentant l'abbaye de Saint-Gilles au début du XVIIIème siècle :
1786.
Les chanoines réguliers de saint Augustin ne sont plus suffisamment
nombreux pour que l'abbaye puisse vivre. Après sept siècles
d'existence, la communauté est dissoute. Ses derniers membres
se joignent aux bénédictins sécularisés
de Saint-Jacques. 1803.
L'année où l'ancienne abbatiale est choisie pour redevenir
le lieu de culte officiel des habitants de Saint-Gilles, de Saint-Nicolas-en-Glain
et de Sainte-Gertrude ( Ces deux derniers noms évoquant des
chapelles aujourd'hui disparues ).
L'église Saint-Gilles est aujourd'hui un bel exemple d'édifice liégeois qui allie harmonieusement les styles roman et néo-roman.
Le
crucifix gothique qui pend dans le choeur est un chef-d'oeuvre en
chêne polychromé estimé au début du XIVème
siècle.
Le culte de Saint-Gilles :
Une
procession parcourt chaque année les rues de la paroisse, pendant
la neuvaine du 1er au 9 septembre. «
Ce jour-là, sur la courette qui entoure l'antique et petite
église romane aux pierres noircies, règne l'affairement
d'un pèlerinage des temps médiévaux. Un va et vient s'organise autour d'une table où les pèlerins déposent des offrandes et des cierges ; ils défilent devant le saint hagard sous ses boucles ; ils font toucher aux petiots sa jambe ou le pied du chevreau ( la biche ) qui se dresse contre lui. Le rite accompli, on passe dans une chapelle voisine où le prêtre officie, puis on gagne la sortie après une prière, et l'on se répand dans les boulangeries des alentours où furent mises au four, pour la circonstance, les tartes au riz et aux prunes... La croyance populaire se manifeste ainsi, aux portes de la ville, par une survivance pleine de caractère ». (Autour du perron, images liegéoises, 1932)
De nos jours ( photos de 2006 ), il faut reconnaître que ces cérémonies religieuses n'ont plus pareil succès ; même la fête foraine associée à l'événement est réduite à sa plus simple expression :
Le tremblement de terre de 1983 : Le 8 novembre 1983, l'église est ébranlée par le tremblement de terre qui secoue l'agglomération liégeoise. En attendant les restaurations nécessaires, les offices sont célébrés dans la chapelle de l'école Saint-Sébastien toute proche.
En
ce début septembre 1984, la procession religieuse est précédée,
la veille, par le
Cette tradition n'avait plus été célébrée depuis le sac de Liège, en 1468, par les troupes de Charles le Téméraire... Et elle ne l'a plus été depuis !
La cour Saint-Gilles : La cour Saint-Gilles correspond au préau de l'ancienne abbaye aujourd'hui disparue. C'est au n° 28 de cette petite rue que se trouve l'église Saint-Gilles.
C'est là, à la fin du XIXème siècle, que s'ouvrent deux écoles primaires, l'une pour garçons en 1879 et l'autre pour filles en 1882. L'école pour filles, gérées d'abord par des Soeurs de Notre-Dame, puis ( 1919 ) par des Filles de Marie-Auxiliatrice de Don Bosco, est devenue l'actuelle école mixte Saint-Sébastien. La direction et le corps enseignant de l'école se sont laïcisés, mais des Salésiennes vivent toujours dans un immeuble mitoyen.
Au début du XXème siècle, il existe, à Saint-Gilles, d'autres religieuses que celles qui s'occupent de l'école fondamentale des filles. Ainsi, dès 1901, des soeurs françaises qui fuient les lois anti-congrégations viennent s'installer dans ce qui reste des anciens bâtiments abbatiaux. Ce sont les Soeurs de la Sainte Famille du Sacré-Coeur, qui resteront là jusqu'en 1948 ( rappelons que les derniers bâtiments de l'ancienne abbaye seront démolis en 1958 ).
La photo ci-dessous représente le rond-point Bensberg vu du boulevard Hillier. Rond-point surnommé ainsi à cause de l'école communale Bensberg que l'on aperçoit sur la gauche.
En face, le boulevard Sainte-Beuve. À droite, les rues Saint-Laurent, Saint-Gilles et Chauve-Souris (derrière le tertre herbu).
Rue de la Haye... Rien à voir avec la capitale politique des Pays-Bas. L'appellation provient de l'ancien charbonnage de la Haye. Il s'agit d'une voie très ancienne, citée dès le XIVème siècle comme le lieu-dit « longue haie » et réaménagée en 1877 par la houillère pour y loger ses mineurs. Examinons ce dessin ( datant probablement du milieu du XIXème siècle ). On aperçoit, coloré en jaune, le chemin qui est aujourd'hui la rue Henri Maus, en provenance du Laveu. Dans le fond, où se dresse nettement une belle-fleur, ce sont les installations de la houillère de la Haye.
L'exploitation houillère concerne également l'actuelle
rue Chauve-Souris, ainsi baptisée à cause de ces mammifères
volants qui hantaient autrefois les galeries minières. Les rues Saint-Nicolas et Ferdinand Nicolay : Au départ du carrefour Saint-Gilles, la rue Saint-Nicolas se dirige vers Montegnée :
Rue
Saint-Nicolas, près de Saint-Gilles, se trouvait autrefois
un dépôt des trams
Quant
à la rue Ferdinand Nicolay ( du nom d'un homme d'affaires belge
du début du XXème siècle, généreux
à l'égard des bureaux de bienfaisance ), elle permet
de descendre vers Tilleur :
La rue de Tilleur : Le début de la rue de Tilleur, du côté de la rue Saint-Gilles, est également fort commerçant.
Et dans l'autre sens :
La rue porte officiellement ce nom depuis 1877 ; elle est ainsi appelée parce qu'elle aboutit à la localité de Tilleur, laquelle devrait son nom aux tilleuls qui abondaient autrefois sur son territoire. Le « thier de Tilleur » est déjà cité au XIVème siècle, et c'est au milieu du XVIIIème que ce chemin est élargi et pavé, tout comme celui de Saint-Laurent à Saint-Gilles ( l'actuelle rue Saint-Laurent ). Ces voiries constituent alors, au départ de Liège, le premier tronçon de la « route de France », route qui mène vers le sud via Seraing, Huy et le Condroz. De Tilleur à Seraing, c'est un bac qui permet de traverser la Meuse. En
1817, la fabrique d'église de Saint-Gilles ( sur le territoire
de Liège ) achète un terrain pour y aménager
un cimetière ; n'ayant pas besoin, à cet effet, de toute
l'étendue acquise, elle autorise la commune voisine de Saint-Nicolas
à y installer une école. C'est ainsi que la rue de Tilleur
voit s'ouvrir, cette année-là, une école primaire
communale pour garçons.
Le cimetière s'étend en face de l'église, entre le boulevard Louis Hillier et la rue de Tilleur. Le voici en période de Toussaint, quand il se pare des fleurs commémorant la mémoire des défunts :
Le mur du cimetière, du côté de Saint-Gilles, longe une grande partie de la rue de Tilleur. Voici la différence entre 1905 ( remarquez à l'horizon les cheminées qui témoignent des activités minières de l'époque ) et 2006 :
Fin
février 2004, une journée d'hiver un peu
Dans le quartier, une place et une rue portent l'appellation des « Grands Champs ». La rue de Tilleur vue de la place des Grands Champs, vers 1930, en 2006 et un jour d'hiver précoce en novembre 2008 :
Il y avait autrefois, dans les « grands champs » de Saint-Gilles, un gibet servant à pendre les malfaiteurs qui n'étaient pas citoyens liégeois ( ceux-ci ayant le « privilège » d'être exécutés place du Marché ). La pendaison n'y était d'ailleurs pas le seul supplice possible ; on y rouait, décapitait ou brûlait aussi les criminels. Dans un lointain passé, les exécutions capitales avaient lieu sur la colline du Publémont, à l'emplacement de l'actuel domaine militaire Saint-Laurent, ancienne abbaye bénédictine. C'est la construction de ce couvent, au XIème siècle, qui a provoqué le déménagement du lieu de supplice. Le gibet de Saint-Gilles a-t-il existé dès le XIIème siècle ? Probablement, mais le fait n'est attesté sur document que dès le début du XVème.
Les condamnés en provenance de l'Official de Liège, quand ils arrivaient sur les hauteurs de Saint-Gilles, étaient conduits à la potence des Grands Champs par un petit chemin dit des « Patients ( du latin « patiens », « qui souffre » ), voie étroite derrière le cimetière de Saint-Gilles, dont un autre tronçon se retrouvait près de l'actuelle rue de la Justice. Les criminels étaient contraints d'emprunter cet itinéraire secondaire pour éviter de passer à proximité de l'abbaye, où ils auraient pu demander asile pour échapper à leur peine. La
carte ci-dessous date de 1874 : Non loin de là, sur le territoire de Liège, existent la rue du Laveu et la rue de Joie. La tentation est grande de considérer que ces appellations ont un rapport avec le lieu de supplice des Grands Champs, si on pense à l'aveu des prisonniers et à la joie des condamnés graciés ! Mais ce serait des familles illustres des XIVème et XVème siècles, les Lavoir et les Joye, qui seraient plutôt à l'origine de ces noms. Le gibet a heureusement disparu depuis longtemps, mais une expression wallonne a survécu dans la région quand il s'agit d'éconduire quelqu'un : « Vas ti fé pinde à Sint-Djîle ! » ( « Va te faire pendre à Saint-Gilles ! »).
Le boulevard Gustave Kleyer : Anciennement
boulevard de Cointe, percé en 1903 en prévision de l'Exposition
Universelle de Liége de 1905, le boulevard Gustave Kleyer porte
le nom, depuis 1921, du bourgmestre de liège en fonction lors
de cet événement exceptionnel.
Ce boulevard sur les hauteurs de Liège relie Cointe à Saint-Gilles. Dans les deux premiers tiers du XXème siècle, il se termine en débouchant dans la rue Henri Maus. C'est à la fin des années 1960 que le boulevard Louis Hiller est percé.
On oublie souvent que le tronçon qui va de la rue Henri Maus
au rond-point Bensberg n'est plus dédié à Gustave
Kleyer, mais à Louis Hillier, le compositeur, en 1901, du
Les boulevards Kleyer et Hillier constituent une voie rapide importante, empruntée notamment par les coureurs cyclistes de l'épreuve Liège-Bastogne-Liège ( photos d'avril 2006 ) :
Le boulevard Hillier et les pelouses proches de l'église romane accueillent aussi, tous les samedis matin, une brocante appelée « les petites puces de Saint-Gilles » :
La rue Bel-Horizon, au XIXème siècle encore, descendait jusqu'au Laveu ; elle s'appelait alors la rue Boulboul, du nom d'une famille propriétaire de terrains et de houillères. Elle change de nom au lendemain de la seconde guerre mondiale, et sans doute permet-elle encore, à l'époque, d'admirer une vue d'ensemble de Liège. De nos jours, il s'agit d'une rue très courte, allant de la place des Grands Champs au boulevard Kleyer. Son seul horizon est le terrain de football rougeâtre de l'EY Liège.
La rue Tout-Va-Bien :
Selon André DE BRUYN, dans son ouvrage « Histoire des rues et lieux-dits de la commune de Saint-Nicolas », l'origine du nom « Tout-Va-Bien » serait le résultat d'une confusion. Au
XVIIIème siècle, l'endroit ne comporte qu'une dizaine
de maisons habitées essentiellement par des ouvriers mineurs
d'origine néerlandaise, ce qui lui vaut le surnom de «
Batavia ». Les déformations populaires en font «
Tavabia », puis Une école communale est signalée dès la seconde partie du XIXème siècle ( notamment à l'emplacement des buildings actuels ), mais l'établissement scolaire actuel date du début du XXème ( inauguration en 1913 ).
Plus bas dans la rue Tout-Va-Bien, on découvre l'arrière du château de Saint-Nicolas, demeure bourgeoise construite vers 1835. Complètement rénové en ce début du XXIème siècle, le bâtiment a été transformé en hôtel de luxe, avec parc et salles pour réceptions, séminaires, mariages...
L'entrée principale du château est située dans la rue Ferdinand Nicolay, voie parallèle qui descend vers Tilleur :
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